C'est un triomphe sans partage qu'a fêté Fabian Cancellara (25 ans) jeudi au terme des 50,8 km de la course contre la montre des Mondiaux de Salzbourg. Le Bernois, qui porte habituellement les couleurs de l'équipe CSC, s'est imposé à l'exceptionnelle moyenne de 50,664 km/h, précédant l'Américain David Zabriskie (CSC également) de 1'29" et le Kazakh Alexandr Vinokourov de 1'49".
L'Australien Michael Rogers, lauréat les trois dernières années, a dû se contenter de la 8e place, à 2'31", alors que le second Suisse en lice, Michael Schaer (20 ans), s'est classé 45e à 6'44".
Fabian Cancellara craignait la première partie de la course qui comportait deux montées, du 6e au 7e km et du 9e au 10e. Après avoir effectué plusieurs reconnaissances, il avait décidé d'en «garder sous la pédale» lors de ces deux premières montées afin de ne pas exploser dans les plats suivants.
Or, au premier pointage, après 10,1 km, il avait déjà assommé ses rivaux, comptant alors 18" d'avance sur Zabriskie, 27" sur Rogers et surtout 40" sur Vinokourov, légèrement attardé par un saut de chaîne.
Un plan respecté
«J'ai bel et bien respecté mon plan, devait dire Fabian après la course. Mais c'est vrai que je me sentais très bien, que les jambes tournaient parfaitement. Lorsque j'ai eu connaissance des premiers pointages, ma confiance s'est d'autant plus renforcée que Vino était l'adversaire que je redoutais le plus.»
Le Kazakh a été beau perdant: «J'ai perdu un peu de temps quand j'ai eu ce problème, mais ce n'est pas là que j'ai perdu la course. Même si j'ai terminé de mieux en mieux, je devais courir pour la 2e ou la 3e place. Fabian était imbattable.»
Propos pleinement corroborés par Zabriskie: «Je ne pouvais gagner. Je suis tombé sur un superman.»
Une course de rêve
Il est effectivement vite apparu que Cancellara se trouvait dans une grande journée. Il a été en tête à tous les pointages et a constamment augmenté son avance. Au-delà de son extraordinaire efficacité, c'est son style qui a le plus impressionné. Alliant puissance et souplesse, il a remarquablement fait corps avec sa bicyclette, restant toujours en ligne, ne se désunissant jamais.
René Savary, coach national, était un observateur priviliégié puisqu'il était au volant de la voiture suiveuse du nouveau champion du monde: «Je me souviendrai longtemps de ce spectacle. Je crois pouvoir dire que j'ai traversé un rêve, vu une course parfaite.»
Deux sur trois
Fabian s'est donné les moyens de ses ambitions. Il a participé au Tour d'Espagne dans le but d'acquérir de la résistance en vue de ce Mondial. Puis, après avoir abandonné à la deuxième semaine de course, il s'est préparé de manière très spécifique en Suisse, roulant souvent derrière une moto.
«J'ai travaillé durement, notamment pour retrouver la position et les automatismes du contre-la-montre.» Ce n'était donc par hasard si son style tenait de la perfection.
Fabian s'était fixé trois objectifs au début de la saison. Il en a atteint deux, Paris-Roubaix et le titre mondial du chrono. Le 3e était le prologue du Tour de France, qu'il n'a pu tenter, étant écarté de la Grande Boucle quelques jours à peine avant le départ, pour des «raisons tactiques» selon son directeur sportif Bjarne Riis.
«Mais la déception est oubliée, confie le coureur. Je vis la plus belle année de ma vie avec Paris-Roubaix, le championnat du monde, mon mariage, la naissance de notre enfant dans quelques jours...»
Bettini, la vie en arc-en-ciel
A Salzbourg, Paolo Bettini est devenu pour la première fois champion du monde. l'Italien s'est imposé au sprint devant Zabel et Valverde au terme des 265,9 km.
L'Italien Paolo Bettini, l'un des grands favoris de l'épreuve, est devenu pour la première fois champion du monde de cyclisme sur route, dimanche, à Salzbourg.
Le champion olympique en titre a devancé l'Allemand Erik Zabel et l'Espagnol Alejandro Valverde au prix d'un effort splendide au terme des 265,9 kilomètres. Sur la ligne, le champion d'Italie a devancé Zabel de plus d'une roue avant de tomber dans les bras de ses coéquipiers, dans une atmosphère de liesse.
Quatre coureurs (Bettini, Zabel, Valverde, Sanchez) se sont dégagés dans les derniers hectomètres à l'approche du sprint. Zabel, 36 ans, a ajouté une nouvelle médaille d'argent à sa collection. Il avait notamment terminé deuxième en 2004 à Vérone (Italie).
Bettini enrichit son grand palmarès
Bettini, 32 ans, a enrichi pour sa part un palmarès très fourni qui compte notamment trois Coupes du monde et de nombreuses classiques (Milan-San Remo, Liège-Bastogne-Liège, Tour de Lombardie, etc). Mais il n'avait encore jamais gagné le titre mondial (2e en 2001, 4e en 2003).
Sous le soleil, le coureur toscan a tenté sa chance à deux reprises pendant la course, dans les deux dernières ascensions de la principale côte du parcours. Mais il s'est relevé ensuite quand il a compris que le regroupement était inévitable.
Après plusieurs tentatives (Wegmann et Rebellin, notamment), un peloton d'une cinquantaine d'unités s'est présenté sous la flamme rouge du dernier kilomètre. Bettini, vigilant, a suivi ensuite les Espagnols qui ont réussi à faire une cassure.
Une revanche sur l'année dernière
L'an passé, Bettini avait regretté de s'être sacrifié inutilement à la discipline d'équipe alors qu'il estimait être en mesure de gagner sur le circuit de Madrid.
Derrière le quatuor de tête, l'Australien Robbie McEwen a réglé ce peloton pour la cinquième place, devant son compatriote Stuart O'Grady. Le tenant du titre, le Belge Tom Boonen, s'est classé neuvième.


